Agnese SEMINARA : l’ambassadrice de la transdiciplinarité !

Jeune chercheuse prometteuse - l’atteste la récente médaille de bronze que lui a décernée le mois dernier le CNRS pour son travail, la qualifiant de spécialiste de talent dans son domaine - Agnese SEMINARA est également une italienne souriante qui a de la suite dans les idées et des questions fondamentales plein la tête ! Rencontre avec cette chargée de recherche à l’Institut de PHYsique de Nice (INPHYNI), à l’accent du soleil méditerannéen.

Décrivez nous votre parcours en quelques étapes ?

Agnese SEMINARA : “ Après avoir validé ma license de physique à Gènes en 2004, j’ai intégré l’Institut Non linéaire de Nice (INLN) de 2004 à 2007 où j’ai initié ma thèse en physique théorique. Je me suis attachée à étudier l’écoulement des fluides dans la formation des nuages lié aux phénomènes de turbulence. En gros, j’ai essayé de comprendre la formation des nuages à travers l’évolution et la dispersion de millions de goutelettes. En effet, chaque goutte a une histoire différente due à la turbulence, le nuage est donc composé d’une communauté de gouttes de taille differente. Ensuite, j’ai fait une partie de mon post-doctorat à l’Université de Harvard à Boston, et l’autre à l’Institut Pasteur de 2008 à 2012. Pendant mon post-doctorat, j’ai changé de sujet. J’ai commencé à me dédier à la physique des systèmes biologiques : bactéries, champignons, souris, cerveau… dans un environnement imprévisible. C’est ce que je poursuis d’étudier aujourd’hui.”

Pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet ?

AS : “Depuis 2013 mon champ d’étude se focalise plus spécifiquement sur les champignons, les bacteries et les souris. J’adore les champignons ! Les étudier comme les manger ! Ils sont très importants pour la vie sur terre et sont encore méconnus ! L’idée est d’étudier les mécanismes physiques à la base de la dispersion des spores des champignons (ie, les “enfants” des champignons) sur la planète à partir du microscopique jusqu’à l’échelle atmosphérique du continent. Les champignons sont les champions du monde de l’expulsion ! Ils font cela à une vitesse phénoménale avec une puissance de frappe incroyable en étant confrontés à des conditions inconnues ! Comme le sable du Sahara que vous retrouvez sur votre pare-brise de voiture un matin en vous demandant comment cela est possible, je m’attache à comprendre les mécanismes qui sont à la base de ces faits, ensuite ils pourront être développés et appliqués.”

Vos études ont donc des applications ? A quoi pourraient-elles servir ?

AS : “ En fait, je fais de la recherche fondamentale, donc je cherche à comprendre la base des phénomènes. A long terme, mes travaux pourront permettre des avancées notoires et des applications dans des domaines comme l’agriculture et l’écologie. Si l’on est capable de comprendre comment un champigon pathogène se répand, on pourra prévoir l’infection et ainsi, aider les agriculteurs à se prémunir face à ce risque. Je suis plutôt théoricienne mais je fais tout de même des manipulations à petite échelle.”

Donc vous en faîtes quand même un peu, de quel type ?

AS : “ Oui. Je conduit des manipulations sur l’expansion de colonies bactériennes, et tous mes travaux sont fait en collaboration avec des biologistes. Dans le cadre de mes recherches sur l’odorat, je collabore notamment sur des expériences avec les souris. On cherche à déterminer leur comportement face au transport d’une odeur, comment elle l’utilise pour arriver à sa source. Bizarrement, on connait très bien la souris sur certains aspects, son cerveau par exemple, mais on connait très peu de choses au niveau comportemental sur la navigation olfactive.”

Vous êtes à la frontière entre deux disciplines : entre la physique et la biologie, votre coeur balance ?

AS : “Le trait d’union entre toutes mes recherches, c’est effectivement l’interdisciplinarité. Je pense que c’est le secret d’une meilleure compréhension des systèmes complexes. La physique et la biologie s’entremêlent, se complètent ! Les physiciens adorent l’idée que l’évolution à tendance à faire émerger l’optimalité, c’est une idée directrice à la base de la compréhension du vivant. Mais il y a plein de domaines ou ni la physique ni la biologie ne sont capables de donner de réponses, et c’est la combinaison des deux points de vue qui nous amène plus loin. La pluridisciplinarité est essentielle. J’aime rencontrer des gens qui ne me comprennent pas et que je ne comprends pas, repousser les frontières ! Cela ouvre des horizons, offre de nouvelles perceptions, de nouvelles idées et de nouveaux concepts.”

Vous n’êtes jamais à court d’idées alors ?

AS : “C’est même une stratégie en fait ! J’essaie de générer de nouvelles idées pour compenser un choix que j’ai fait et qui peut s’avérer un peu different de ce qui se pratique habituellement dans le monde de la recherche. J’ai choisi de ne pas travailler sur un seul domaine d’expertise. Actuellement, je travaille sur trois sujets principaux et sur des petits projets qui s’ouvrent encore à d’autres systèmes. C’est un peu risqué parce que je peux produire moins de publications mais je ne me vois pas fonctionner différemment.”

Le CNRS vous a récemment décerné la médaille de bronze, qu’est ce que cela représente pour vous ?

AS : “ Je suis très contente d’avoir obtenu cette récompense. Au delà de son impact et de sa visibilité en France, je suis également très heureuse du fait que mon directeur de labo ait proposé mon nom alors qu’il n’est pas issu de ma spécialité, ça corrobore vraiment avec l’esprit de la transdisciplinarité que je défends.”

Quels sont vos futurs projets ?

AS : “J’ai besoin de faire quelque chose qui s’inscrive dans le concret,  l’immédiateté. L’impact de mes recherches se verra dans le temps, mais je veux contribuer maintenant à la société dans laquelle je vis. Une des idées sur lesquelles j’ai envie de m’investir est de travailler avec les pays en développement pour contribuer à son développement scientifique. Je souhaite favoriser la participation de jeunes étudiants et chercheurs à des rencontres scientifiques que l’on organise. Je n’ai pas encore pris les contacts pour développer ces aspects mais je vais le faire, ça me tient à coeur.”


Carte d’identité
Agnese SEMINARA
37 ans -1 enfant
Nationalité italienne
Résidente à Nice
Chargée de recherche de première classe à Institut de PHYsique de Nice (INPHYNI)
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